Les vieux – Atelier d’écriture de Leiloona #2

La semaine dernière, pour mon premier atelier d’écriture, j’avais sous les yeux une photo me rappelant mes vacances. On peut dire que pour un démarrage, je ne m’en sortais pas trop mal.
Mais voilà, le confort, ça ne dure jamais longtemps, et voici une photographie plus difficile pour ce nouveau rendez-vous. Je vous laisse juger ci-dessous. Allez hop, on se lance, avec ce cliché de Romaric Cazaux.


atelier d'écriture #2
© Romaric Cazaux

La rue est calme, les passants rares. Il est bien loin le temps où les habitants du village faisaient leurs courses uniquement près de chez eux. Il faut dire que les commerces se comptent aujourd’hui sur les doigts d’une main. Désormais, il y a ces ZAC, comme ils disent. Des hectares de bitume et de hangars construits à la va-vite, où tout est à portée de main… mais à 20 km de chez soi.
Mais il en faut bien plus pour perturber le rituel de Chantal et André. Ces deux-là, ce sont les « vieux de la vieille », comme on marmonne derrière leur dos. Des jaloux, probablement. Chantal et André font partie de ces témoins d’un autre temps, où le pas de porte d’un commerce était aussi un lieu d’échanges, de rencontres. Un endroit où l’on refaisait ce monde, un monde qui ne s’étend qu’à quelques rues.

Lui, après une vie de travail comme ouvrier agricole dans la ferme voisine, il est devenu jardinier, dans un petit lopin de terre des jardins ouvriers. Il y retrouve des anciens camarades de l’école communale, et aussi ces nouveaux venus de la ville, qui veulent manger sain, « parce qu’on sait pas ce qu’on mange », mais qui laissent les mauvaises herbes prendre le dessus, « parce que les carottes ne sont pas plus grandes que ça, et ne sont pas aussi belles que chez le primeur ».

Elle, elle sait ce qu’est la ville, pour y avoir rencontré son époux, et élevé ses enfants, avant de revenir dans ses vraies terres, où elle a notamment retrouvé André, son ancien voisin de classe. L’anonymat de la ville, le départ de ses enfants adultes, et la disparition de son époux, l’ont aidé à retrouver le chemin de son village d’enfance.

Si aujourd’hui les liens s’unissent et se défont au gré des déménagements, des orientations de vie, de l’âge, André et Chantal font partie de ces personnes qui, après ne pas s’être vues depuis des dizaines d’années, se retrouvent un matin, dans la file d’attente du boulanger, et commencent alors à parler du petit-fils qui va bientôt naître, de la fille « qui passe son temps à voyager », comme s’ils ne s’étaient pas vus depuis seulement quelques jours.

Le banc devant la maison d’André, c’est un peu celui de Chantal. L’endroit où elle s’installe aux beaux jours, pour parler de ces temps anciens, des nouvelles maisons qui se ressemblent toutes, en cours de construction au bout du village, de ces jardiniers du dimanche qui ne prennent pas le temps de voir les choses pousser…
Ils se retrouvent chaque semaine, un rendez-vous informel devenu tradition. Une personne de passage les surnommera les « petits vieux », les « commères » du village, et presseront le pas pour ne pas être le fruit des prochaines invectives qu’elle imaginera déjà sur son compte.
Mais Chantal et André ne la verront même pas. Sur ce banc, sur cette chaise, ils parlent de leur quotidien, des dernières récoltes, des photographies de famille à découvrir maintenant par mail. Finalement, quelle importance a le monde d’aujourd’hui, quand on a atteint cet âge. Tous deux savent qu’ils n’auront pas changé le monde, et qu’ils ne le feront plus à leur âge. Autant vivre sa vie au jour le jour, et se donner rendez-vous dans les prochains jours, pour annoncer si on est de nouveau grand-mère, où si la récolte annuelle au jardin sera prometteuse. La vie, tout simplement.

Écrire ce petit texte m’a rappelé une chanson de Jacques Brel, pas la plus joyeuse, mais une des plus belles, que je vous partage ici :

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12 commentaires sur “Les vieux – Atelier d’écriture de Leiloona #2

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    1. J’ai longtemps hésité avant de me lancer. Cette forme d’atelier est stimulante je trouve. Merci pour tes encouragements, pourvu que ça dure 😊
      J’en avais marre de ne pas écrire des choses qui me plaisaient, selon mes envies. Cette formule donne des ailes à notre imaginaire.

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  1. Quelle belle deuxième fois ! Une réussite, j’aime beaucoup le ton de la sincérité, d’une belle observation, et surtout de prendre le temps de vivre tout simplement en se fichant du quand dira-t-on, très agréable à lire, merci aussi pour la chanson, bien sûr !

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