La Princesse de Clèves, de Madame de Lafayette

C’est sur le théâtre de la brillante cour des Valois que se noue et se joue la passion de la princesse de Clèves et du duc de Nemours. Passion tacite, et qui ne s’exprime longtemps que par des signes : un portrait dérobé, la couleur d’un vêtement au tournoi, la soudaine émotion d’un visage. Passion tragique, aussi, dont la mort est la conséquence imprévue.

Si La Princesse de Clèves est le livre le plus commenté de son époque, c’est qu’il introduit dans le roman le souci de vraisemblance et de brièveté qui caractérise la nouvelle, et concilie de manière neuve narration et psychologie.


Mlle de Chartres entre dans le monde de la cour royale, aux côtés de sa mère. Cette belle jeune femme est instruite par sa mère des mœurs, des comportements à suivre, et des dangers des jeux d’amour pouvant se jouer entre ces gens de bonne société.
Vénérée du Prince de Clèves, elle finit par se marier, sans amour véritable pour cet homme. L’amour ne la fera chavirer qu’après cette alliance, en rencontrant le duc de Nemours, un homme connu comme volage, mais qui devient très vite possédé par la passion qu’il éprouve pour cette jeune femme. Une passion qui  ne peut être assouvie…

Partage littéraire

La Princesse de Clèves est un de ces romans de la littérature classique française que l’on croise le plus souvent sur les bancs de l’école. En ce qui me concerne, il fait partie de ces nombreux livres auxquels j’ai échappé, sans trop savoir comment, alors que j’étais quand même en série Littéraire (idem pour l’œuvre de Zola, Pierre et Jean de Maupassant, La nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau, et j’en passe…)

Jamais je n’avais osé, jusqu’à récemment, le sortir de ma bibliothèque, pour découvrir un des premiers romans de la littérature française, écrit au XVIIe siècle par une femme, Madame de Lafayette. Un choix aidé par Angelakoala, blogueuse, par le biais d’une initiative de partage littéraire, proposé par Le Bouquin ivre. L’idée était de constituer des binômes, de façon à ce que chacun(e) propose à l’autre un roman à lire, après avoir répondu à un petit questionnaire permettant de trouver un titre qui correspondrait plus ou moins aux goûts de son/sa partenaire.
C’est ainsi que La Princesse de Clèves est arrivée entre mes mains, pour parfaire ma culture littéraire classique.

Le jeu des sentiments

Femme de lettres du XVIIe siècle, Madame de Lafayette tenait un salon littéraire, à Paris, où se réunissaient hommes et femmes érudits. Amie de Madame de Sévigné, Madame de Lafayette sera reconnue dans le monde littéraire, pour ce court roman, La Princesse de Clèves. Un format littéraire encore rare à cette époque, et qui reprendra, au fil du récit, les codes et principes de la préciosité, ces règles alliant élégance, raffinement, et discrétion, qui se traduiront dans la littérature de l’époque, et les jeux de sentiments.

Il s’agit ici du roman précurseur de la littérature moderne. L’auteur s’inspire de la cour de France, un siècle avant son époque, autour du roi Henri II, lors d’une année marquée par les jeux d’alliance, les grandes assemblées de courtisans et de favoris pour célébrer ces mariages princiers censés apporter la paix dans le royaume, et aussi, la mort du roi, à la suite d’un tournoi.
La Princesse de Clèves vit dans cette cour où le jeu de l’amour et des sentiments est omniprésent, bien que caché, entre roi-reine, roi et favorite, princesse et courtisan. La bienséance veut que ces sentiments ne filtrent pas dans le comportement de chacun.
Mais quand la Princesse de Clèves, récemment mariée, rencontre le duc de Nemours, son éducation sera mise à mal par une passion dévorante et silencieuse.

De la morale

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Château de Chambord – 2013 (©Les quotidiennes de Val)

Au fil de ces quelque 200 pages, Madame de Lafayette développe les sentiments de ses personnages. Ces derniers se torturent avec des sentiments trop durs à refouler. Mais la bienséance et la morale domine et permettent à la Princesse de Clèves de conserver cette maîtrise d’elle-même en public. Seuls quelques événements démontrent une faille dans cette constance : silence alors que le duc de Nemours vole un portrait de son aimée, exposition d’un tableau où se trouve le duc, pour mieux le contempler chez soi, sans avoir à le côtoyer physiquement, une lettre perdue…

De cette lecture, je retiens, dans une première partie, le flou total dû à une avalanche de personnages à identifier, pour mieux assimiler leurs liens les uns par rapport à aux autres, et dans un contexte particulièrement troublé de l’histoire du royaume de France.

Suivre l’épreuve de la Princesse s’est ensuite révélé plus aisé, et plus plaisant, une fois le décor du récit complètement dressé. Si elle me paraissait dans un premier temps antipathique, elle a su ensuite me toucher, par ses efforts pour demeurer constante dans son rôle à la cour, et dans cette volonté d’honorer cette union la liant au Prince de Clèves, malgré des sentiments encombrants ressentis pour un autre homme bien plus attirant.
À force de lire des romans contemporains en cascade, il a fallu aussi que je m’adapte à ce style d’écriture d’un autre temps, mais si finement construit, que la plongée dans un autre temps ne peut qu’être réussie.
Au final, je suis satisfaite d’avoir passé le pas, et de m’être plongée dans ce roman, qui m’a rappelé mes vacances en Touraine, à la découverte de châteaux telles que Chambord, Amboise, Chenonceau… Une belle histoire d’amour, qui m’a donné envie de revenir plus régulièrement aux textes classiques, déjà pour améliorer mes connaissances autour de la littérature française, mais aussi pour retrouver cette écriture réalisée au temps où le style avait autant d’importance que le récit.

Je vous laisse l’étude faite par les Boloss des Belles Lettres, et le regretté Jean Rochefort :

Merci pour cette initiative de partage littéraire (même si j’ai perdu ma binôme depuis…). Cela m’a permis de sortir, en plus ma jolie édition signée Christian Lacroix, au Livre de poche.

La Princesse de Clèves, de Madame de Lafayette
Le Livre de poche, 256 p., 4,50 euros

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18 commentaires sur “La Princesse de Clèves, de Madame de Lafayette

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  1. Merci pour ton retour qui est très agréable à lire! 🙂
    Choix osé en effet que de te proposer une œuvre qui sonne pour moi comme le classique du classique.
    D’ailleurs c’est drôle, je suis tout à fait d’accord avec toi, ayant fait un bac L, je n’ai jamais étudié ni Zola, ni certaines œuvres pourtant tellement classiques!
    En tout cas j’avais lu La Princesse de Clèves au Lycée, mais je pense que je l’ai lu trop jeune, car il ne m’a pas laissé un souvenir impérissable… à voir si je le relisais maintenant ?!
    En tout cas, merci pour ton retour! Dommage que tu aies perdu ton binôme en route, mais qui sait, si tu souhaites participer au prochain peut-être pourras-tu en retrouver un ? 🙂
    Est-ce que je peux mettre le lien de ton article sur mon blog ?
    Belle nuit!

    Aimé par 1 personne

    1. Il y avait un autre roman proposé, de Barjavel, mais je me suis laissée tentée par le défi 😉 et je rattrape une la une comme ça !
      Je crois que ma binôme était en vacances, son blog est inactif depuis un mois en tout cas. Je te poste le lien sur ton billet demain sans pb. Bonne nuit à toi !

      Aimé par 1 personne

  2. Hello 🙂

    Effectivement j’étais en vacances puis j’ai eu une grosse angine qui m’a vraiment couchée ahahah. Je suis très heureuse de voir que le livre t’as plut bien qu’il soit assez difficile au début. J’attaque le tiens cette semaine 🙂

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  3. J’ai l’impression que l’on lit ce roman souvent pour son importance littéraire mais ensuite on se laisse séduire. Je l’ai lu deux fois à l’adolescence et bien plus tard vers quarante ans, ce fut deux lectures très différentes.
    Concernant ta remarque sur les auteurs qui nous échappent durant nos études de lettres, je suis entièrement du même avis, il y a certains auteurs que je n’ai cessé d’étudier comme Stendhal, mais habitant à Grenoble à l’époque ce n’est guère étonnant, et d’autres que j’ai dû découvrir seule. Mais heureusement on a une vie pour se rattraper comme tu viens de le faire !

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