L’art de perdre, d’Alice Zeniter

L’Algérie dont est originaire sa famille n’a longtemps été pour Naïma qu’une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée ?
Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu’elle ait pu lui demander pourquoi l’Histoire avait fait de lui un « harki ». Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être répondre mais pas dans une langue que Naïma comprenne. Quant à Hamid, son père, arrivé en France à l’été 1962 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus de l’Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence ?

Dans une fresque romanesque puissante et audacieuse, Alice Zeniter raconte le destin, entre la France et l’Algérie, des générations successives d’une famille prisonnière d’un passé tenace. Mais ce livre est aussi un grand roman sur la liberté d’être soi, au-delà des héritages et des injonctions intimes ou sociales.


D’Alice Zeniter, j’avais déjà lu Sombre dimanche et Juste avant l’oubli. Des romans qui m’avait plutôt plu, sans en faire des coups de cœur. J’étais cependant admirative de son travail. C’est toujours étrange de voir une personne du même âge que soi briller dans les librairies. On se dit « merde, qu’est-ce que j’ai foutu ?! » de façon ironique, certes. Mais quand même !

Et puis est arrivée la rentrée littéraire de la fin août 2017, avec son lot de sorties remarquées. Parmi elles, L’art de perdre, dernier roman d’Alice Zeniter, sur une thématique qui a elle-même fait une rentrée remarquée : l’Algérie, son histoire, ses harkis, son héritage.
Naïma vit à Paris. Elle sort avec ses amis, boit de l’alcool en soirée, vit une aventure avec un homme marié avec qui elle travaille, dans une galerie d’art. Une vie riche, loin des racines familiales. Petite-fille de harkis, elle ne connait rien de ses origines, de l’histoire de son grand-père arrivé avec sa famille en 1962 sur le territoire français, sa patrie sans vraiment l’être. Tout un pan du passé familial à rechercher, et à comprendre, pour mieux saisir qui elle est.

Héritage familial

Alice Zeniter dévoile l’histoire de cette famille sur trois générations, du harki qui doit quitter ses terres, à son fils qui cherche à effacer cet héritage, tandis que la petite-fille, elle, cherche à décrypter cette histoire. Un récit qui parcourt plusieurs décennies, entre la guerre d’Algérie, son indépendance et le monde d’aujourd’hui.

Quelle est l’identité de ces harkis arrivant sur le sol de la métropole ? Des hommes et femmes qui se disent Français mais qui ne sont pas reconnus comme tel. Des Algériens qui sont rejetés par leur pays, et condamné à faire un choix entre l’exil ou la mort, pour certains. Et les descendants ? Quelle est leur véritable identité ? Laquelle les définit le mieux ?

Dans une écriture toujours simple, Alice Zeniterm’a permis de me saisir d’une problématique mal connue. Si la guerre d’Algérie est évidemment un épisode de l’Histoire que l’on nous enseigne, ce n’est jamais que dans les grandes lignes, sans prendre le temps de voir ce que sont devenus ces harkis.
En partant de sa propre histoire, comme petite-fille de harki, l’auteur construit intelligemment ce roman que l’on sent richement documenté. C’est comme s’il ne fallait vraiment pas faire d’erreur, ou d’impair. Le lecteur y devine un travail de recherches, pour saisir une époque, mais aussi l’expliquer correctement à la personne qui tournera les pages de ce volumineux roman.

Les exactions, l’arrivée en France, les camps fermés dans le sud de la France, avant l’emménagement dans une barre HLM de l’Orne… Nous suivons le parcours d’Ali, qui passe d’un statut d’homme et chef de village respecté à paria de deux nations, condamné à courber l’échine et à vivre dans un pays qui n’est finalement le sien que sur le papier.
Si j’ai aimé globalement ce roman, je peux dire que sa troisième partie, autour de la petite-fille Naïma, a été la plus passionnante. Suivre cette jeune femme dans ses hésitations, et sa quête d’informations sur son passé, m’a finalement révélé ce que les livres d’Histoire ne disaient pas quand j’étais au lycée, ou si peu.

Et cela interroge encore sur le monde d’aujourd’hui. Quelle est l’identité à revendiquer pour ces petits-enfants, toujours considérés comme trop algériens pour être français, ou trop français pour revendiquer des racines algériennes.

Certainement mon roman préféré d’Alice Zeniter, pour la richesse de son récit, malgré une écriture parfois très classique. Je comprend l’enthousiasme affiché lors de sa sortie, ses nombreuses sélections pour des prix prestigieux, pour finalemenr recevoir le trè beau Goncourt des lycéens. Je me dis que le message qu’elle devait vouloir passé a été entendu par ce jeune jury.

VIDEO. L’art de perdre d’Alice Zeniter, présenté dans C l’hebdo :

Et vous, l’avez-vous lu ?

L’art de perdre, d’Alice Zeniter
Flammarion, 512 pages, 22 euros

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7 commentaires sur “L’art de perdre, d’Alice Zeniter

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