Sentinelle de la pluie, de Tatiana de Rosnay

Rien n’empêchera les Malegarde de se retrouver à Paris pour fêter les 70 ans du père, arboriste à la réputation mondiale, pas même les pluies diluviennes qui s’abattent sur la Ville Lumière. La crue redoutée de la Seine est pourtant loin d’être la seule menace qui pèse sur la famille.
Comment se protéger lorsque toutes les digues cèdent et que l’on est submergé ? Face au péril, parents et enfants devront s’avouer ce qu’ils s’étaient toujours caché. Tandis qu’en miroir du fleuve les sentiments débordent, le drame monte en crescendo, démultipliant l’intensité des révélations.


Il y a des sorties de romans qui paraissent vraiment bien calculées. Fin janvier 2018, soit il y a à peine deux mois, les pluies diluviennes de l’hiver ont entraîné la montée progressive des fleuves et rivières, et notamment de la Seine. Un phénomène qui fait que le monde entier a eu les yeux braqués sur Paris et le Zouave du pont de l’Alma. Jusqu’à quel niveau sera-t-il submergé cette fois-ci ? Une question qui était alors sur toutes lèvres, tout en rappelant la crue historique de 1910 (mais en oubliant que ce même Zouave n’est plus à la même hauteur aujourd’hui par rapport à 1910).

Et voilà que Tatiana de Rosnay, par le plus heureux des hasards, fait son retour tant attendu en librairie. Son livre : Sentinelle de la pluie. Et en fil rouge de ce nouveau roman, une crue historique de la Seine, à Paris.
Bien sûr, ce livre n’a pas été pensé en trois semaines pour rebondir sur un sujet qui a fait l’actualité pendant des jours. On se rend surtout compte que c’est un sujet qui est malheureusement amené à se reproduire à l’avenir, par l’urbanisation galopante, et l’incapacité de nos sols à laisser s’infiltrer de grandes quantités d’eau.

De cette auteur, j’avais lu, bien entendu, l’incontournable Elle s’appelait Sarah (bouleversant) ainsi que Le voisin, ou encore Spirales. Avec une préférence pour e premier, bien différent, j’avais apprécié de lire les deux suivants, sans pour autant parler de coup de cœur. Certains détails me semblaient alors too much. Et puis Sentinelle de la pluie est arrivé. J’avoue que le thème m’a tout de suite attiré, et je n’ai pas attendu longtemps avant de me plonger dans ce récit… que j’ai dévoré !

Paris inondée, Paris dévastée

Pas de doute, si je retire Elle s’appelait Sarah qui est trop différent pour être comparé avec les autres romans, je me suis sentie totalement happée par ce récit. J’i aimé suivre Linden, le fils Malegarde, dans ses retrouvailles avec sa famille, avec Paris, où il a vécu ses années de jeune adulte, avant de se rendre aux États-Unis assouvir sa passion pour la photographie.

Plus les pages tournent, plus le niveau de la Seine monte, inondant progressivement les quais, puis les rues, et jusqu’à des quartiers complets de Paris. La Ville Lumière devient petit à petit un enfer puant l’égout. out ce qui était acquis et naturellement à disposition disparaît petit à petit : l’électricité, la sécurité dans les beaux quartiers, l’accès aux soins…

Sur ce sujet, on sent que l’auteur est passionnée, qu’elle a fait des recherches et s’est investie pour pouvoir coller au plus prêt de ce qui pourrait arriver à Paris si une telle situation devait malheureusement se produire à l’avenir.
Ces recherches ont payé, car la lecture ne pouvait qu’être passionnante sur ce sujet. Concernant ce fil rouge du roman, je me suis régalée.

Pour la famille Malegarde, certains m’ont intéressé plus que d’autres. Linden, le fils photographe, était intéressant à suivre, pour son côté à part : le génie de la photo qui fait face à son passé en France, après des années de vie outre-Atlantique. J’ai aimé aussi ce père si passionné par le monde des arbres. L’image type du patriarche respecté et craint, aussi.
Au fur et à mesure, les langues se délient, les secrets surgissent dans l’histoire de cette famille où chacun cache des choses à l’autre. Le secret de famille, un thème qu’il me semble retrouver régulièrement chez Tatiana de Rosnay. Mais un filon tellement inépuisable dans la littérature.

De petites failles mais des thèmes forts

Si j’avais des choses à reprocher, je mettrais le doigt sur le style d’écriture, un peu répétitif, avec beaucoup de phrases successives où « Linden pense que… Linden prend son appareil photo… Linden observe et trouve que… » Je noterai également le côté un peu trop lisse de ses personnages : célèbre, beau, intelligent, reconnu, couple parfait, mère superbe, père archi connue, sœur mariée à un chef reconnu aussi… Tant de perfection en si peu de personnes me parait un peu trop surfait.

Ce détail et le rythme particulier m’ont fait hésiter sur les 40 premières pages. Mais j’ai fini par les occulter au profit de l’histoire en elle-même. Et ce serait mentir que de dire que je n’ai pas été conquise. Oui, ce roman m’a emballé, au final, et je me suis sentie un peu triste de tourner la dernière page (numériquement !), laissant cette famille derrière moi.

Car oui, il y a aussi des thèmes majeurs évoqués ici : le devenir de Paris en cas de crue, l’homosexualité et le rejet, les traumatismes de l’enfance et à l’âge adulte, les relations parents-enfants, la famille et ses secrets… En suivant Tatiana de Rosnay sur ses réseaux sociaux, je me doute que certains de ces thèmes lui sont chers.

Enfin, pour conclure, je remercie l’auteur de m’avoir donné l’envie de réécouter les tubes de David Bowie. Pour la peine, je vous laisse Starman ici :

Sentinelle de la pluie, de Tatiana de Rosnay
Éditions Héloïse d’Ormesson, 368 pages, 22 euros

 

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