Tant qu’il en est encore temps – atelier d’écriture de Leiloona #15

Bonjour tout le monde ! Voici un petit moment que je ne suis pas passée par l’atelier d’écriture de Leiloona. J’ai même raté son 300e rendez-vous… Cette photo printanière m’a donné l’envie de relancer la machine. Elle est signée par © Matheus Ferreira.


Elle a couru, et couru. Loin, très loin… Loin pour ne plus entendre maman pleurer, ne plus voir papa baisser les bras et les regarder, les « deux femmes de sa vie », d’un air impuissant.

Elle, c’est Léa, huit ans. Chevelure de feu, petit air mutin de gamine croquant la vie à pleines dents. Sa vie, c’est l’espace, le grand air, courir dans les herbes folles des pâturages jouxtant le jardin derrière la maison. L’école, c’est bien mais à petite dose. La lecture, la géographie, c’est découvrir de nouvelles choses, de nouveaux horizons. Mais les maths, la grammaire, l’éducation civique, quelle plaie ! Rien de tel pour se sentir enfermée.

Chaque jour d’école, elle attend avec impatience que sonne la cloche de 16h30, celle de la délivrance. Et zou ! Léa est toujours la première à traverser la cour de récréation en courant, pour sauter dans l’autocar qui la ramènera chez elle, dans son antre, son paradis, son espace de liberté…

Mais depuis quelques semaines, rien n’est plus pareil. Léa ne sait pas comment cela est venu. Un soir, alors qu’elle revenait avec quelques fleurs des champs pour sa mère, elle a remarqué que quelque chose avait changé dans son regard. Comme un éclat de vie en moins, pour céder la place aux cernes, et à une impression de tristesse insoluble.

Et puis ce fut au tour des larmes, d’abord silencieuses, puis des sanglots soudain. Alors Léa court, se réfugie dans les hautes herbes et compte dans sa tête : 1, 2, 3… Elle attend d’avoir atteint 200 pour tenter un retour dans le salon, et faire un câlin à sa mère, en la serrant de toutes ses forces à la taille. Elle ne comprend pas vraiment ce qu’il se passe, mais elle semble se douter qu’il y a un problème au travail. Les mêmes mots reviennent : patron, pression, peur…

Mais que faire, quand on est une enfant ? Le mieux reste encore de courir, de sentir le vent lui gifler le visage, les herbes fouetter ses mollets, et s’écrouler, essouflée, au milieu des herbes folles. Fuir, tant qu’il en est encore temps !

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12 commentaires sur “Tant qu’il en est encore temps – atelier d’écriture de Leiloona #15

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  1. Qu’elle est attachante ta petite Léa, confrontée à la réalité des « grands » alors qu’elle n’en a pas l’âge. L’atmosphère et le sentiment d’impuissance, de tristesse et de panique sont très bien rendus grâce à tes mots justes.

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  2. Comme on se sent impuissant enfant face aux problèmes des parents sans trop comprendre on sent le malaise, et puis elle court au coeur de la nature bercée par les ondes et l’espace de liberté, elle se fait du bien, et on suit le mouvement à ses côtés. Belle écriture.

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