La promesse de l’aube, de Romain Gary

« – Tu seras un héros, tu sera général Gabriele D’Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es !
Je crois que jamais un fils n’a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là. Mais, alors que j’essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu’elle me compromettait irrémédiablement aux yeux de l’Armée de l’Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j’entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports :
– Alors, tu as honte de ta vieille mère ? »


Retour aux classiques de la littérature, avec cette fois-ci un roman du XXe siècle, par un auteur que je ne connaissais pas encore : Romain Gary. Depuis un certain temps, je me disais qu’il me faudrait lire La promesse de l’aube. J’ai longtemps tourné autour, sans jamais me décider.
Et puis, une fois encore, c’est un rendez-vous en lecture commune avec Elodie, mais aussi avec ma sœur qui m’a permis de sortir ce roman de la bibliothèque. Lu juste après un roman qui m’a agacé, ce roman a été salvateur et m’a permis de renouer avec une belle lecture et une belle plume.

La femme-mère

La promesse de l’aube est une autobiographie, qui se concentre non pas sur l’auteur en lui-même mais plutôt sur sa vie avec sa mère. Nous suivons le parcours de ce jeune enfant né en territoire russe et fuyant avec sa mère vers la Pologne, puis la France, pour se construire un destin.

Un destin dicté par une mère passionnée, intrusive, dont l’amour et les espérances pour son fils sont presque une « violence » imposée à ce jeune garçon qui espère toujours devenir cet homme que sa mère rêve de voir évoluer. De sa plus tendre enfance jusqu’à sa participation au combat aux côtés des Forces Françaises libres et du Général de Gaulle, nous suivons un enfant, puis jeune homme vivant toujours dans l’ombre de la volonté maternelle. Un homme qui, à termes, vivra toujours des relations assez particulières avec les femmes. De ce que je lisais, j’avais l’impression qu’il ne voyait jamais l’amoureuse, la passionnée, la future mère de ses enfants… mais plutôt une femme-mère, qui prendrait le relais de sa propre mère pour le guider, comme cette dernière l’a fait tout au long de sa vie.

Ode à la mère

Si je me suis inquiétée dans la première partie de ce roman de ressentir quelques longueurs, le destin de ce jeune homme et son évolution dans la vie ont donné l’envie de toujours aller plus loin, de passer outre de petites longueurs pour attendre avec impatience le premier départ du fils de son foyer, l’attente du passage de l’enfance à l’âge adulte.

Car ce roman est avant tout une ode à la mère, protectrice, nourricière, exigeante, meneuse… Une louve toujours prête à défendre corps et âme son petit, son ils adoré qu’elle rêve grand et puissant. Le fils doit finalement exercer une forme de revanche sur la vie, démontrer comment sa famille à su monter malgré les épreuves subies pendant toute ces années par une mère brisée par la vie.

Ma mère m’avait raconté trop de jolies histoires, avec trop de talent et dans ces heures balbutiantes de l’aube où chaque fibre d’un enfant se trempe à jamais de la marque reçue, nous nous étions fait trop de promesses et je le sentais tenu. Avec, au cœur, un tel besoin d’élévation, tout devenait abîme et chute. (P.366)

J’ai aimé découvrir la plume de Romain Gary, me plonger dans son histoire sans encore trop en connaître. Cette lecture commune m’a donné l’envie de lire d’autres romans de cet auteur, comme Clair de femme ou La vie devant soi. J’espère y retrouver cette émotion ressentie au fil des pages de ce roman de Romain Gary et me faire une nouvelle fois happer par cette superbe plume.


Place cette fois-ci à l’avis de ma sœur Gégé, qui a souhaité participer à cette lecture commune. N’ayant pas de blog, elle m’a transmis son avis de lecture que je vous livre ci-dessous : 

Belle surprise que cette autobiographie. Romain Gary, grand écrivain ayant notamment obtenu deux prix Goncourt (dont un sous le nom d’Émile Ajar), y raconte son enfance, son adolescence et ses jeunes années d’adulte.
Il s’y montre admiratif de sa mère, même si parfois le côté particulièrement excessif de cette dernière lui faisait honte.
Il faut dire que cette Russe au caractère bien trempé avait pour son fils une ambition débordante, et que tout ce qu’il a entrepris dans sa vie était destiné à lui rendre au centuple tous les sacrifices consentis par elle pour son éducation et son accomplissement de jeune homme. Et le jeune Romain de s’essayer à quasiment tous les arts et sports, avec plus ou moins de réussite. Et de devenir soldat ! Puis diplomate, comme prévu pour ainsi dire, puisque c’était le rêve de sa mère.

Le passage où il rencontre le roi de Suède dans un club très select de tennis est particulièrement savoureux : j’avais pour ma part l’impression de le voir (essayer de) jouer ! Je suis également restée interloquée devant le nombre de personnalités rencontrés par cet homme dont je ne savais finalement rien.
Il y parle également du suicide, ce qui donne un écho particulièrement étonnant à son décès puisque contrairement à ce qu’il préconise, il a fini par se donner la mort.
Et puis quand j’ai compris ce qu’était le sens de l’expression «  la promesse de l’aube », j’ai pensé que nous avions là l’un des plus beaux titres de « romans ».

Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. (P.43)

Ce livre est magnifique et plein d’humour, et d’amour plus encore. Merci à ma petite sœur Koali de m’avoir incitée à le lire !

J’attends avec impatience l’avis de deux autres lectrices de ce roman: Élodie et George 😉

La promesse de l’aube, de Romain Gary
Folio, 464 pages, 8,30 euros

 

 

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