Qui a tué mon père, d’Édouard Louis

« L’histoire de ton corps accuse l’histoire politique. »


Première rencontre pour moi avec l’auteur Édouard Louis. En finir avec Eddy Bellegueule attend désespérément que je me décide à le lire (en audio). Nous avons tellement entendu parler de cet auteur, de ses écrits et de son histoire que je n’arrive pas à passer le pas pour enfin découvrir sa plume.

Et puis est sorti Qui a tué mon père, un court texte de quelque 90 pages, qui a fait beaucoup de bruit pour le regard de l’écrivain sur l’actualité politique. Je le savais d’une grande intelligence et doté de savoirs indubitablement au-dessus des miens, mais j’ai découvert ici l’homme d’opinion.

Un auteur assagi ?

Ce court texte est comme un hommage au père, un père imparfait. Si je n’ai pas lu le premier roman d’Édouard Louis, je sais qu’il avait notamment été remarqué pour sa verve contre cette famille qui rejetait son homosexualité. Et là, premier étonnement, je découvre un auteur, peut-être un peu plus mûr ou assagi, qui parle autrement de son père, qui évoque la distance de cette figure paternelle, sans haine, sans véritable ton de reproche, contrairement à ce qui a pu être écrit quelques années plus tôt.

Mais cet écriture autour du père n’est pas anodine. Si pendant les deux tiers du récit nous voyant l’enfant grandir, toujours chercher l’approbation ou au moins le regard de son père, le dernier tiers se veut comme un plaidoyer. Un plaidoyer pour les classes populaires touchées depuis des années par des décisions politiques qui les rabaissent. Des petites décisions sans conséquences pour certains, mais pour d’autres des catastrophes réduisant petit à petit le niveau de vie. Et l’auteur pointe du doigt la politique, dénonce les derniers chefs d’État pour leurs décisions successives qui ont participé à la chute du père, qui ont contribué à la dégradation de sa santé…

Et c’est ainsi qu’Édouard Louis a fini au cœur de l’actualité, pendant quelques jours. Il a osé taper sur le président actuel, le présentant comme l’un des responsables des maux de son père, ce dernier représentant lui-même, par ce récit, la masse populaire, celles et ceux qui n’ont pas leur mot à dire et qui subissent.

Un texte que j’invite à découvrir, qui pousse à la réflexion et qui offre de très beaux bouts de phrase : « Pendant toute mon enfance j’ai espéré ton absence », « Je n’ai appris à te connaître que par accident », « Est-ce que tu souffrais de cette chose, de ce paradoxe ? Est-ce que tu avais honte de pleurer, toi qui répétais qu’un homme ne devait pas pleurer ? Je voudrais te dire : je pleure aussi. Beaucoup, souvent. »…

Une petite question demeure : est-ce la maturité seule qui fait que l’auteur passe de la haine à une forme d’amour pour son père, en trois livres ? Ce revirement m’interpelle encore, même si, dans le fond, je partage l’opinion qu’il développe dans ce court récit.
Je ne pense pas que ce livre résume à lui seul le style Édouard Louis mais, en ce qui me concerne, il m’a donné l’envie de ressortir ce livre audio du fond de ma bibliothèque, pour enfin découvrir l’histoire d’Eddy Bellegueule.

Qui a tué mon père, d’Édouard Louis
Éditions Seuil, 96 pages, 12 euros

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8 commentaires sur “Qui a tué mon père, d’Édouard Louis

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  1. Je n’ai pas encore lu celui-ci, mais j’ai assisté à une rencontre d’une heure avec lui, il a pu développer en détails son propos. C’est nettement moins réducteur que ce qu’en traduisent les medias. Eddy Bellegueule ne m’a pas choquée, ce milieu là existe, même s’il est moche à regarder, c’est une misère affective, intellectuelle, culturelle, générationnelle .. Edouard Louis n’a que 25 ans, je pense qu’il faut le laisser grandir. Et quand j’entends tous ceux qui lui tapent dessus, comment s’en seraient-ils sortis à sa place ? Je ne le crois pas malhonnête, mais maladroit. Quelle que soit son intelligence et son adaptation, il n’aura jamais les codes du monde dans lequel il vit actuellement, il n’est pas né dedans …. et on ne le lui pardonnera jamais. Voilà, voilà …

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    1. C’est dommage quand même de devoir faire des rencontres en librairie pour expliquer son propos, tout le monde ne peut y aller et ça cultive alors un flou non nécessaire (mais ça fait vendre ?)
      Après, de là à pousser sur la victimisation sur ce dernier roman, faut pas pousser. Cet auteur est une énigme. On ne sait comment l’aborder.

      Aimé par 1 personne

    1. Toujours pas lu… je conçois les souffrances du jeune homme, mais ne comprends pas la verve et le mépris décrits sur ce premier roman, au vue de son intelligence et de ses références… bref; il est une énigme

      J'aime

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