Une longue impatience de Gaëlle Josse

Ce soir-là, Louis, seize ans, n’est pas rentré à la maison. Anne, sa mère, dans ce village de Bretagne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, voit sa vie dévorée par l’attente, par l’absence qui questionne la vie du couple et redessine celle de toute la famille.
Chaque jour, aux bords de la folie, aux limites de la douleur, Anne attend le bateau qui lui ramènera son fils. pour survivre, elle lui écrit la fête insensée qu’elle offrira pour son retour. Telle une tragédie implacable, l’histoire se resserre sur un amour maternel infini.

« C’est une nuit interminable. En mer le vent s’est levé, il secoue les volets jusqu’ici, il mugit sous les portes, on croirait entendre une voix humaine, une longue plainte, et je m’efforce de ne pas penser aux vieilles légendes de mer de mon enfance, qui me font encore frémir. Je suis seule, au milieu de la nuit, au milieu du vent. Je devine que désormais, ce sera chaque jour tempête. »


De Gaëlle Josse, j’avais lu avec passion son roman Le dernier gardin d’Ellis Island et j’avais beaucoup aimé Les heures silencieuses. J’hésite toujours à faire l’acquisition de ses romans en raison du prix du livre, pour un nombre de pages plutôt léger (je sais j’en suis encore là !).

Pour son dernier roman, Une longue impatience, c’est l’envie de retrouver une plume douce, subtile et émouvante, qui m’a décidée à passer à la caisse de mon libraire, en me disant que ce roman serait uns très belle étape de lecture, entre deux gros morceaux. Et en effet, il m’a permis d’oublier une précédente lecture plutôt indigeste.

L’amour d’une mère

Nous sommes en Bretagne, quelques années après la Seconde Guerre mondiale. Louis est parti sans laisser d’adresse à sa mère Anne. Après l’incompréhension d’une mère pleine d’angoisse vient l’attente. Une attente interminable, le regard tourné vers le large, à la recherche de ce navire qui lui ramènera son fils aîné. Un fils qu’elle imagine devenu adulte :

Je me suis sentie fière de lui, tout compte fait, déjà le lui avais pardonné toute l’inquiétude, toute cette angoisse qui ne me quittait pas depuis sa disparition.

Depuis, chaque jour, je l’attends, p. 37

Durant cette attente, Anne vit comme elle peut. elle se remémore ce qui entraîné le départ de son fils, mais aussi leur vie à tous les deux, durant la guerre, à la mort de son premier époux. Et entre deux, dans des lettres adressées à l’absent, Anne dresse le menu du repas de fête qu’elle fera en son honneur, dès son retour. une profusion de plats, de l’entrée aux desserts, en passant par les vins. L’impatience de voir le fils revenir est contrôlée par la préparation de ce repas.

Une longue attente

Une longue impatience est un roman qui, contrairement à ce qu’annonce le titre, présente en moins de 200 pages ce que peut être une vie d’attente. Le personnage de la mère est émouvant en tout : son amour pour le fils parti au loin, sa vie sans lui auprès de son mari et de ses deux autres enfants, comme une parenthèse. À la minute où Louis quitte la maison, elle ne vit plus vraiment, elle attend.

Gaëlle retranscrit cette douleur avec beaucoup de pudeur, à l’image du personnage d’Anne. Il n’y a pas de sentiment factice, juste une attente interminable et émouvante. Même si la douleur est immense, l’espoir est toujours là. Mais quand reviendra-t-il ?

Pour son écriture, ses passages d’une période à une autre de la vie d’Anne, avant et après son union avec Étienne, cette longue et alléchante énumération de plats pour le retour du fils prodigue… Ce roman est une nouvelle fois un beau rendez-vous avec Gaëlle Josse, même s’il ne sera pas mon favori parmi ses différents romans. Je retiens avant tout de cette lecture une écriture d’une grande douceur, malgré la douleur d’une mère, pour cet enfant parti en mer. Nous aussi on attend de retrouver le jeune Louis au pied de la petite maison aux volets bleus de son enfance.

Une longue impatience, de Gaëlle Josse
Éditions Noir sur blanc, 192 pages, 14 euros

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