Soir de fête, de Mathieu Deslandes et Zineb Dryef

Automne 2017 : Mathieu Deslandes apprend que son grand-père serait né d’un viol. L’affaire Weinstein vient d’éclater et la compagne de Mathieu, Zineb Dryef, travaille sur la « zone grise » entre consentement et agression sexuelle. Leur dialogue le conduit à enquêter sur ce secret de famille, tu pendant presque un siècle.
Que s’est-il vraiment passé ce soir de fête d’août 1922 à Sougy, au cœur de la Beauce ? Dans les mois qui suivent, le village compte quatre jeunes filles enceintes hors mariage… Mahieu retourne sur place, interroge, remue souvenirs et archives, tente de reconstituer le puzzle.
Combien de jeunes filles ont-elles subi le même sort que celles de Sougy et, comme elles, sont restées muettes ?


Place au premier document lu pour le Grand Prix des lectrices ELLE, sélection de septembre. Son point commun avec le second document en lice durant ce mois, la volonté de regarder plus en profondeur les rapports entre les hommes et les femmes, mais aussi la façon dont la domination masculine s’exprime.

Secrets de famille

La quatrième de couverture avait tout de suite attisé ma curiosité. La question posée est terrible : comment réagirait-on si on apprenait qu’un de nos aïeuls étaient l’enfant d’un viol ? Passé le choc de cette annonce, Mathieu Deslandes cherche des explications quant au silence qui a persisté durant toutes ces années, tous ces non-dits qui font que cette information ne ressort que trois générations plus tard.

Au-delà du secret, la question autour de la notion même de viol mais aussi de consentement est d’autant plus importante dans ce document. Alors que notre actualité est dominée depuis deux ans par ces notions et la nécessité de mieux protéger les femmes face à ces violences, qu’en était-il à l’époque de nos grands-parents et arrières-grands-parents ? Je me souviens avoir entendu parler d’une dame âgée de mon village qui était présentée comme une fille-mère. C’est quoi une fille-mère ? Une jeune femme qui a eu un enfant qu’elle doit élever sans le père. Mais qui est ce père ? Est-ce toujours une relation consentie ? Osait-on parler d’agression sexuelle et de viol à cette époque ?

En se penchant sur ce sujet, l’auteur interroge la mémoire d’autrefois et les mœurs d’une époque où les rapports entre hommes et femmes n’étaient pas perçus de la même manière.

Un sujet à fouiller

Malheureusement, ce document ne fait qu’effleurer le sujet, à mes yeux. Si le sujet est dense, l’auteur semble à l’inverse ne pas vouloir aller trop en profondeur sur la question. Pourtant de multiples recherches sont présentées au fil des pages : les faits s’étant produits à la suite de ce « soir de fête » dans le village de son arrière-grand-mère, les informations recueillies sur les autres enfants nés dans la même période que son grand-père et qui seraient, eux aussi, des enfants nés d’un viol. Le devenir des hommes qui ont violés ces femmes…

Certes, il est difficile de retrouver des informations sur cette époque. Le regard sur ces faits ne semblait alors pas le même qu’aujourd’hui. Mais au final, les interrogations sur le manque de condamnation demeure sans réponse. Il ne reste que des constats :

Donc tout le monde savait, parfois confusément, que ces enfants étaient le fruit d’une relation non consentie. Et pourtant, personne n’en parlait. p.198

Une question permanente sur la notion de viol, en énumérant le cas des jeunes femmes du village, suivi d’exemples de scènes de viol au cinéma :

À quoi ressemble un viol ? À tout ça et à tout le reste, des rapports de force peut-être moins violents, moins spectaculaires, moins sordides – mais tout aussi criminels. Parfois il y a de la jouissance. Parfois l’amour n’est pas loin. Il faudrait pouvoir embrasser toutes les nuances de l’horreur et de l’ambiguïté.
Cette nuit du 27 juin 1922, chacun se forgera sa propre représentation. p.60-61

Mais malheureusement, ce document n’est pas assez complet sur la question et, il faut l’avouer, pâtit de l’autre livre de la sélection, Des hommes justes d’Ivan Jablonka, bien plus complet sur la question de la masculinité et des rapports hommes-femmes dans notre société (critique à venir).
Pour finir, l’exemple vécue et raconté par Zyneb Dryef, en fin d’ouvrage, apporte une lumière complémentaire sur la question du consentement et du ressenti de la victime. Mais cela ne suffit pas à rendre le livre plus éclairant.

Un livre lu dans le cadre du Grand Prix des lectrices ELLE 2019.

devenez-l-une-des-jurees-du-grand-prix-des-lectrices-2020

Soir de fête, de Mathieu Deslandes et Zineb Dryef
Éditions Grasset, 240 pages, 18 euros

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4 commentaires sur “Soir de fête, de Mathieu Deslandes et Zineb Dryef

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  1. Dommage, le thème de départ était intéressant. Avant non, il n’y avait pas de viols, il n’y avait pas d’agressions sexuelles, il n’y avait que des femmes qui s’étaient « mal comportées » et qui n’étaient pas fréquentables. C’est 68 qui a commencé à faire bouger les lignes (ressenti de quelqu’un qui avait 21 ans en 1968 😉 )

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    1. ça parait tellement dingue de se dire que c’était comme cela à l’époque. Sans compter toutes les opinions d’arrière-garde qui se font entendre encore aujourd’hui… Le chemin est long quand même…

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