La femme révélée, de Gaëlle Nohant

Paris, 1950. Eliza Donnelley se cache dans un hôtel modeste sous le nom de Violet Lee. Elle a brusquement abandonné les beaux quartiers de Chicago, un mari fortuné et son petit garçon, n’emportant qu’une valise, son Rolleiflex et une photo de son fils. Pourquoi s’est-elle enfuie, au risque de tout perdre ?
Dans un Paris qui redécouvre la lumière après les années grises, la secrète Violet tente de se réinventer. À travers l’objectif de son appareil photo, elle apprivoise la ville, saisit les visages des humbles, des invisibles. Et, découvrant une indépendance nouvelle, elle se laisse traverser par le souffle d’une passion. Mais comment supporter d’être traquée, déchirée par la douleur de l’exil ? Et surtout, comment se pardonner l’abandon d’un fils ?
Des souvenirs de la guerre encore brûlants aux injustices raciales, de la vieille Europe où tout semble possible aux États-Unis en pleine ébullition politique et sociale, une odyssée vers la modernité.


On laisse de côté les billets de lecture en retard, pour passer un petit peu de temps avec une livre d’actualité, ce dernier étant sorti début janvier 2020.
Il y a des auteurs qui vous ont tellement séduit que chaque nouvelle sortie est ensuite un rendez-vous incontournable. Gaëlle Nohant en fait partie. Découverte -comme pour beaucoup de ses lecteurs- avec le beau La part des flammes, elle m’avait transportée il y a deux ans avec sa Légende d’un dormeur éveillé, un récit sur les traces du poète et résistant Robert Desnos, que j’ai découvert par la même occasion. Ainsi, dès que j’ai connu la date de sortie de son tout dernier roman, La femme révélée, je savais qu’un passage en librairie était indispensable.

Une fois encore, Gaëlle Nohant nous fait voyager dans le temps, cette fois-ci dans le Paris de 1950 et Chicago des années 1960. Un voyage aux côtés de Violet, une femme qui a décidé de fuir Chicago et son mari pour vivre à Paris, laissant son fils derrière elle. Un déchirement qui lui pèsera tout au long de son exil dans la capitale française. Mais l’Américaine est bien plus forte qu’il n’y parait et, munie de son Rolleiflex, gagne en force en observant depuis son objectif les scènes du quotidien, qu’elles soient belles, émouvantes ou dures. En prenant son destin en main, elle se révélera à elle-même et au monde qui l’entoure.

Dans un Paris jazzy et populaire

Ce que j’aime avec les écrits de Gaëlle Nohant, c’est sa faculté à retranscrire un univers, à mettre des mots sur des scènes d’un autre temps au point de nous donner l’impression de déambuler aux côtés de Violet.

Nous ne sommes pas dans une vision idéalisée de Paris, comme nous pourrions le constater dans un autre roman récemment lu écrit par Danielle Steel. Ici, la fresque historique est nourrie par de nombreuses recherches (de même pour Chicago), et une volonté de coller au plus près de la réalité de l’époque. Sous mes yeux ont défilé des rues, des cafés et des scènes couleur sépia, me rappelant des photographies et des films de cette époque d’après-guerre.

Cette fresque propose aussi et surtout de plonger au cœur des quartiers populaires, à la rencontre de personnes comme vous et moi, 70 ans en arrière. Qu’est-ce qu’être une femme dans les années 50 ? Quelles libertés a-t-elle et quelles restrictions la contraignent dans son quotidien ? Comme le dit le titre, Violet apprendra à se révéler à elle-même, à sortir de cette image lisse qu’elle projette dans un premier temps, à surmonter ce drame d’avoir laissé son fils derrière elle, pour se forger un caractère et une nouvelle vie, en attendant de pouvoir, un jour, le retrouver. Elle déambule, fait des rencontres, danse dans des clubs, aiguise son œil de photographe…

Quête de libertés

Mais plus qu’un destin individuel, Gaëlle Nohant dresse le portrait d’une époque et de ses inégalités. À Paris comme à Chicago, des combats sont à mener pour sortir de la précarité, pour proposer une vie décente à ceux qui n’ont que peu de ressources. Qu’est-ce que le rêve américain ? Quels espoirs poussent des personnes à s’exiler à Paris, ou dans une grande ville de la côte Est des États-Unis, alors qu’ils ne pourront qu’effleurer leurs rêves sans jamais véritablement les atteindre ?

S’il me reste encore un roman de cette auteure à lire (L’ancre des rêves), je ressens à chacun de ses titres ce besoin de Gaëlle Nohant de puiser dans le contexte pour offrir plus qu’un portrait individuel à ses lecteurs, mais bien de dresser le tableau d’une époque, de ses combats pour la liberté. Liberté de la femme, liberté de pensée, droit des minorités à vivre leurs rêves d’un avenir meilleur. La question des ghettos noirs dans les grandes villes américaines sera également évoquée, à l’époque où Martin Luther King sillonne les États-Unis pour les droits civiques.

À ce travail de contextualisation historique s’ajoute une étude de l’image et la démonstration qu’une photographie vaut bien des discours. Si seulement tous les romans que nous lisons pouvaient apporter tant de choses. Je regrette de ne pas avoir lu ce roman en écoutant la playlist partagée en fin d’ouvrage (et partagée par l’auteure sur les réseaux sociaux) et j’ai envie de m’intéresser plus en détail à l’histoire de Chicago, du développement de ses ghettos mais aussi sur un événement politique évoqué dans la dernière partie du roman.

Décidément, Gaëlle Nohant fait encore mouche et me transporte une nouvelle fois dans son univers. Le plus dur est d’en sortir…

Gaëlle Nohant présente La femme révélée :

La femme révélée, de Gaëlle Nohant
Editions Grasset, 384 pages, 22 euros

 

 

8 commentaires sur “La femme révélée, de Gaëlle Nohant

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