Retour à Birkenau, de Ginette Kolinka

« Moi-même je le raconte, je le vois, et je me dis c’est pas possible d’avoir survécu… »
Arrêtée par la Gestapo en mars 1944 à Avignon avec son père, son petit frère et son neveu, Ginette Kolinka est déportée à Birkenau : elle sera seule à en revenir, après avoir été transférée à Bergen-Belsen, Raguhn et Theresienstadt. Dans ce convoi se trouvent deux jeunes filles dont elle deviendra l’amie, Simone Jacob et Marceline Rosenberg, plus tard Simone Veil et Marceline Loridan-ivens.
Ginette Kolinka raconte ce qu’elle a vu et connu dans les camps d’extermination. Les coups, la faim, le froid. La haine. Le corps et la nudité. Les toilettes de ciment et de terre battue. La cruauté. Parfois, la fraternité. La robe que lui offrit Simone et qui le sauva.
Aujourd’hui, à 94 ans, dans toutes les classes de France, et à Birkenau, où elle retourne plusieurs fois par an avec des élèves, Ginette Kolinka se souvient en fermant les yeux et se demande encore comment elle a pu survivre à « ça ».


C’est un de ces pans de l’Histoire du XXe siècle qui, malgré les nombreux récits croisés sur notre parcours de vie, continue de nous glacer le sang et nous pousse à nous interroger sur l’Homme, après chaque nouveau témoignage entendu.

J’ai eu la chance, durant ma scolarité, d’assister à des rencontres avec deux survivants des camps d’extermination, le Polonais Daniel Klowski (je ne suis plus certaine de l’orthographe de son nom et je ne le retrouve pas sur internet), qui avait vécu dans le ghetto de Varsovie avant d’être déporté, ainsi que la Française Ida Grinspan. Je me rappelle avoir été émue et retournée par ces moments très forts. Pour preuve, je me souviens encore du visage de ces deux personnes. C’était il y a 20 ans et, depuis, les rescapés des camps s’éteignent, leurs témoignages avec eux. C’est pour cela que je ne voulais pas rater une rencontre proposée l’automne dernier par ma librairie et la ville du Havre, avec Ginette Kolinka, qui a  sorti chez Grasset, en collaboration avec Marion Ruggieri, Retour à Birkenau. Ce rendez-vous s’est déroulé devant un énorme public au sein de la bibliothèque Niemeyer.

« J’espère que vous ne pensez pas que j’ai exagéré, au moins ? »

Sur le bandeau de son livre, un magnifique portrait de ce petit bout de femme. À 94 ans, elle a décidé de transmettre son témoignage par écrit, après avoir parlé de sa vie dans les camps pendant des années auprès d’adolescents, dans des établissements scolaires ou sur place, à Birkenau.

Mais cette envie de témoigner n’a pas été le moteur de toute sa vie, une fois libérée des camps. Ce que l’on eut retenir de ce témoignage, c’est une grande humilité. Comme elle le dit à chacune de ces rencontres avec le public, elle n’a parlé des camps que tardivement, « pas par honte, plutôt pour ne pas embêter les gens » (p.85). Sa vie d’adolescente juive durant la guerre, son arrestation, sa déportation, tout est dit sans artifice ni mise en scène. C’est suffisamment dramatique pour ne pas de rabaisser à faire dans l’excès de figures de style.

Tout au long de ce récit écrit avec sobriété par Marion Ruggieri, Ginette Kolinka dévoile tout en pudeur ces mois de souffrance et d’horreur dans les différents camps où elle se trouvait. Les privations : la nourriture, l’intimité…Privée de tout, elle a survécu à l’horreur en revenant dans un état de santé déplorable. De retour chez elle, elle ne fera que 26 kg, alors qu’elle est âgée de 20 ans.

Ne pas oublier, ne pas transiger avec le racisme

Dans ce court récit, le lecteur voit sous ses yeux ce que pouvait être la « vie » dans ces camps de la mort. Alors que nous rendons actuellement hommage aux victimes de la Shoah, à l’occasion du 75e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, c’est un livre à remettre entre les mains des jeunes générations qui, bientôt, n’auront plus l’opportunité de voir ces rescapés parler de vive voix de l’horreur de ce qu’ils ont vécu.

J’ai été émue par la force de cette femme qui témoignera jusqu’au bout, je pense, pour que l’on n’oublie jamais où la haine de l’autre peut mener. Il n’y a pas de discours politique ni d’engagement partisan dans son discours, juste l’espoir que l’humain retiendra cette leçon.

Pour ceux qui l’ont vu, en reportage ou lors d’une rencontre, je précise que ce livre complète bien son propos, il ne s’agit pas d’une simple répétition de ce que l’on entend à ses côtés. Il y a tellement de choses à dire en une heure de rencontre…

Pour conclure, je vous laisse cette citation :

Aux élèves, je le répète : c’est la haine qui a fait ça, la haine à l’état pur. Les nazis ont exterminé six millions de Juifs. Souvenez-vous de ce que vous avez trouvé impensable. Si vous entendez vos parents, des proches, des amis, tenir des propos racistes, antisémites, demandez-leur pourquoi. Vous avez le droit de discuter, de les faire changer d’avis, de leur dire qu’ils ont tort.

Je pose ici également une interview radio de Ginette Kolinka, sur France Culture.

Retour à Birkenau, de Ginette Kolinka
Editions Grasset, 112 pages, 13 euros

9 commentaires sur “Retour à Birkenau, de Ginette Kolinka

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