Jouir, en quête de l’orgasme féminin, de Sarah Barmak

Libérée, la sexualité des femmes d’aujourd’hui ? On serait tenté de croire que oui. Pourtant, plus de 50% d’entre elles se disent insatisfaites, que ce soit à cause d’un manque de désir ou de difficultés à atteindre l’orgasme. Si tant de femmes ordinaires sont concernées,peut-être qu’elles n’ont rien d’anormal et que ce n’est pas à la pharmacie qu’il faut aller chercher la solution. Le remède dont elles ont besoin est plus certainement culturel, et passe par une réorientation de notre approche androcentrée du sexe et du plaisir.
Tour à tour reportage, essai et recueil de réflexions à la première personne, cet ouvrage enquête sur les dernières découvertes scientifiques ayant trait à l’orgasme féminin. on y apprend ainsi qu’une chercheuse en psychologie clinique a recours à la méditation de pleine conscience pour traiter les troubles à caractère sexuel. On y découvre aussi diverses façons dont les femmes choisissent de redéfinir leur sexualité. cette aventure aux confins de la jouissance nous emmène jusqu’au festival Burning Man, où l’orgasme féminin est donné à voir sur scène, ou encore dans le cabinet feutré d’une thérapeute qui propose  de soigner les traumatismes liés au viol à l’aide de massages sexuels.


Retour sur les sélections du Grand Prix des lectrices ELLE 2020, avec le document de la sélection de janvier. C’est un livre que j’ai lu entre la mi-décembre et début janvier. Autant dire qu’il n’était pas simple de le prendre sur soi pour lire en soirée chez la belle-famille, par exemple.

Dans sa préface, Maïa Mazaurette présente ce texte comme « un manuel d’autodéfense » (p.18). Par ses recherches dans le monde du plaisir féminin, l’auteure Sarah Barmak pose des mots sur un sujet de santé peu évoqué dans les recherches du monde entier, comme si le plaisir féminin n’était qu’un caprice… Entre discussions avec des médecins spécialistes et expérimentation de méthodes peu (pas ?) conventionnelles, la journaliste donne de sa personne pour trouver la voie du plaisir et mettre à mal les tabous érigés imposés par une société pas aussi moderne que l’on pourrait le croire !

Ignorance et silence

Pendant des millénaires, nous avons réuni tout un corpus de connaissances sur la sexualité des femmes. Le problème, c’est que nous sommes passé-e-s maîtres dans l’art d’en faire abstraction. p.43

Par cette phrase, Sarah Barmak résume complètement ce qu’il en est aujourd’hui de la connaissance générale autour de l’orgasme féminin et du clitoris. Ôtez de mes yeux ce que je ne saurais voir ! Scandale, comment peut-on perdre du temps à s’interroger sur quelques chose d’aussi abstrait et secondaire que le plaisir des femmes. Par ses recherches dans les données médicales et scientifiques, l’auteure constate que le plaisir de l’homme et le fonctionnement de son pénis ont plus fait couler d’encre que le clitoris et le plaisir féminin… Pourquoi ?

Et au-delà du fait scientifique, que penser du comportement de chacun face à l’évocation du sexe féminin ? Exemple : ma première réaction, en recevant ce livre, a été : comment je vais lire ce livre dans le train ? Je me suis dit également qu’il était impensable de le lire chez mes parents ou sur le canapé de ma belle-mère… Mais pourquoi ? Quelle est la nature de cette honte qui nous laisse hésitantes à la perspective de… lire un livre !?! Les femmes sont encore et toujours les victimes de pensées d’un autre temps. Leur sexe est utile à la procréation et au plaisir de l’homme. Et par utile, nous n’entendons donc aucune notion de plaisir au féminin. Comme le déclare une femme interrogée par l’auteure :

En gros, quand il s’agit d’autre chose que de ce qui sert à faire les bébés ou à aller aux toilettes, ils ne savent rien de votre anatomie de femme. Comment se fait-il que nous soyons à ce point obsédé-e-s par le sexe – en tout cas par la mécanique sexuelle des hommes – et que nous commencions seulement à comprendre vaguement ce qui se passe dans le corps des femmes ? p.80

Il suffit encore une fois de voir nos réactions devant de simples publicités télévisées. Quand on censure, aux Etats-Unis le mot vagin ou clitoris à l’écran, en France, nous sommes outré-e-s devant une publicité pour protection hygiéniques, tampons ou serviettes, avec une tache rouge. Car vous comprenez, du gel bleu, cela représente de manière tellement consensuelle les règles !

Fumigations et orgasme public

Alors oui, ce livre dévoile aussi quelques pratiques qui sont pour le moins… saisissantes, pour tenter d’atteindre l’orgasme. Autant vous le dire, j’ai lu cette partie plus par curiosité et parfois avec un désarroi sur ce que les femmes peuvent s’infliger pour atteindre l’orgasme. Autant la pleine conscience, ça se conçoit, que la fumigation, l’opération du vagin pour qu’il ressemble à ceux imposés dans le porno trash comme représentation du vagin parfait, ou encore l’orgasme présenté en direct live depuis une tente installée sur le festival Burning Man aux Etats-Unis… Cela laisse parfois perplexe !

L’auteure reconnait ici les limites de l’exercice, en ce qui concerne ce livre. Elle n’apporte des exemples issus uniquement de pays développés et occidentaux, des expérimentations d’une classe moyenne voire aisée qui peut investir dans des méthodes parfois très onéreuses pour ressentir le plaisir. Elle concède même que ces interrogations peuvent être perçues comme des « faux problèmes » quand des femmes sont victimes de violences sexuelles. Pleurer sur son orgasme perdu en parallèle, c’est aussi risquer de donner l’impression d’être à côté de la plaque ! Le dernier chapitre, « Le plaisir est-il nécessaire ? » décrit ces interrogations, qui sont aussi, à mes yeux, légitimes. Notamment quand sont évoqués less tarifs de certaines pratiques qui dépassent l’entendement, et transforment cette quête en un business assez consternant.

Au final, je tiens pas mal de choses de ce livre, concernant le regard porté sur le plaisir féminin, et le travail qu’il y a à accomplir pour libérer les femmes de ce carcan patriarcal qui ne cesse de s’imposer, encore au XXIe siècle. Si les plus avertis sur la question trouveront que ce texte ne nous apprend pas grand-chose (avis que j’ai croisé auprès de différentes membres du jury), je pense qu’il peut être une introduction intéressante mais aussi amusante pour des lectrices comme moi qui ne sont pas coutumières de ce type, c’est une approche enthousiasmante du sujet.

Et pour finir,les 5 choses à savoir sur le clitoris, dans Brut :

 

Un document lu dans le cadre du Grand Prix des lectrices ELLE 2020.

devenez-l-une-des-jurees-du-grand-prix-des-lectrices-2020

Jouir – en quête de l’orgasme féminin, de Sarah Barmak
Editions La Découverte, 208 pages, 17 euros

4 commentaires sur “Jouir, en quête de l’orgasme féminin, de Sarah Barmak

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