Honoré et moi, de Titiou Lecoq

« Parce qu’il était fauché, parce qu’il a couru après l’amour et l’argent, parce qu’il finissait toujours par craquer et s’acheter le beau manteau de ses rêves, parce qu’il refusait d’accepter que certains aient une vie facile et pas lui, parce que, avec La Comédie humaine, il a parlé de nous, j’aime passionnément Balzac. »

Tout le monde connaît Balzac, mais bien souvent son nom reste associé aux bancs de l’école. Avec la drôlerie qu’on lui connaît, Titiou Lecoq décape le personnage. Elle en fait un homme d’aujourd’hui, obsédé par l’argent, le succès, l’amour, dans un monde où le paraître l’emporte sur le reste. Sous sa plume, ce géant de la littérature devient plus vivant que jamais.


C’est l’histoire d’un incroyable coup de cœur et d’un bon petit coup de génie ! On reste modeste, le coup de cœur est pour moi, le coup de génie pour Titiou Lecoq, l’auteure de cette improbable biographie de l’auteur Honoré de Balzac !

J’ai un retard incroyable dans mes compte-rendus de lecture, ce qui fait que je vous parle aujourd’hui du document tiré de la sélection du Grand Prix des lectrices ELLE du mois de février. Pourtant, il s’agit d’un livre qui m’a véritablement enthousiasmé et beaucoup fait rire durant ma lecture. Oui oui, rire. En lisant une biographie sur Balzac. Je vous donne juste un court exemple pour comprendre pourquoi ce livre bouscule les biographies et prouve qu’il est possible d’intéresser même les plus réfractaires à ce genre, juste avec un peu de fraîcheur dans sa façon d’écrire :

Selon les critères de ses contemporains, Honoré a plus une tête à vendre des saucisses sur un marché du Tarn qu’à exprimer le malaise existentiel d’une époque. p.82

Une déclaration d’amour

« Parce qu’il a réussi sa vie en passant son temps à la rater, Balzac est mon frère. »

Ce livre est le reflet d’une passion flamboyante pour un auteur relégué au rang d’écrivain de romans imposés au collège ou au lycée (je suis pourtant passé à travers les mailles du filet !). Titiou Lecoq annonce avoir voulu tout connaître de la vie de Balzac après avoir visité le seul logement ayant gardé la trace de son passage, à Passy.  De ces recherches approfondies elle relève un élément qui changera tout : « ce n’est pas seulement un monument de la littérature française […] c’est aussi un type qui a tout raté. Il existe un Balzac intime, humain, fatigué, qu’on pourrait nommer le plus grand poissard de l’histoire littéraire, et qui m’émeut et m’interroge infiniment plus que la figure de demi-dieu. » (p.13)

Ainsi elle déroule le récit de vie de ce « loser magnifique » (p.17), cet auteur élevé aujourd’hui au rang des plus grands auteurs français mais qui, à son époque, était édenté, méprisé et endetté… Quand on tient ces trois adjectifs, ça craint un peu, quand même. Mais on s’y attache à ce Balzac. Titiou Lecoq le présente avec un regard neuf, contemporain, remettant en perspective l’homme d’hier avec le monde d’aujourd’hui, à l’exemple de la Ligue des auteurs professionnels fondée en 2018, « On se sait tous les descendants de celui qui, le premier, a osé dire q’un écrivain boit et mange, et que son travail doit lui être payé » (p.45).
Bon c’est aussi un homme qui a rejeté tous ses malheurs (principalement financiers) sur sa pauvre mère qui a dû bien galérer avec ce fils qui avait plus du panier percé que de l’homme attentif et prévoyant.

Une biographie moderne et pétillante

Ce que j’ai particulièrement adoré dans ce texte, ce sont les apartés de Titiou Lecoq, qui ponctue son textes de réflexions qui m’ont souvent fait rire, comme « Face à ce potentiel deuxième fiasco, il décide qu’il faut… s’agrandir. C’est le Patrick Drahi de l’époque » (p.67).

Elle m’a donné envie de lire Eugénie Grandet, et d’autres titres de Balzac qui est encore aujourd’hui, absent de ma culture littéraire, à ma grande honte. L’envie aussi de découvrir la société de l’époque par sa plume, certes romanesque, mais qui, selon Titiou révèle aussi ses talents d’observateur de son temps, des inégalités d’une époque. L’auteure imagine Balzac spectateur de notre monde contemporain  :

Balzac aurait écrit des romans extraordinaires sur le cynisme et l’appât du gain à court terme qui pousse les puissants à faire des choix nocifs pour l’écosystème dont nous dépendons. » (p.167)

Alors certes il n’est pas féministe pour autant, il flambe et met dans la dèche sa personne mais aussi certainement ses créanciers qui ne reverront jamais la couleur de l’argent prêté, il semble cumuler tous ces défauts que l’on peut détester… mais ne serait-ce pas intéressant de porter un nouveau regard sur ses écrits ?

Par son ton qui nous épargne tout le pédant et l’étalage de sciences des habituelles biographies (vous aviez saisi que je n’aimais pas lire ce genre de littérature à la base ?!), Titiou Lecoq dépoussière la biographie et attise la curiosité. J’en viens à espérer qu’elle ressentira de nouvelles obsessions pour d’autres auteurs classiques afin de nous présenter de nouveaux titres dans les prochaines années. Ah, on me souffle à l’oreille qu’il ne s’agit pas ici de son principal thème d’écriture ! Bon, dans ce cas, je ne peux que vous inviter à lire Honoré et moi, pour découvrir Balzac d’abord, et trouver le moyen de rire sur ce qu’elle a appelé la « dèche balzacienne » (graphique à l’appui !).

Petite conclusion, avec les mots de Titiou :

Pour la plupart d’entre nous, Balzac c’est un nom de lecture obligatoire en classe de seconde. Parce qu’à défaut d’hommage national, il aura eu, au désespoir de certains élèves, la consécration scolaire. […] Et en 1978, apothéose institutionnelle, il apparaît pour la première fois au programme du bac – une belle revanche pour celui que ses propres professeurs soupçonnaient de crétinisme. » p.282

Et en vidéo :

Un document lu dans le cadre du Grand Prix des lectrices ELLE 2020.

devenez-l-une-des-jurees-du-grand-prix-des-lectrices-2020

Honoré et moi, de Titiou Lecoq
Editions L’iconoclaste, 256 pages, 18 euros

8 commentaires sur “Honoré et moi, de Titiou Lecoq

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